La poésie: études sur les chefs-d'oeuvre des poètes de tous les temps et de tous les pays par Paul Albert

La poésie: études sur les chefs-d'oeuvre des poètes de tous les temps et de tous les pays

Titre de livre: La poésie: études sur les chefs-d'oeuvre des poètes de tous les temps et de tous les pays

Auteur: Paul Albert


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Paul Albert avec La poésie: études sur les chefs-d'oeuvre des poètes de tous les temps et de tous les pays

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Dès le premier chapitre « De la méthode », Paul Albert s’insurge contre l’étude de la littérature telle qu’elle est pratiquée, enseignée en son temps, le 19ème siècle et qui trouve ses origines en Grèce. Il prône une méthode historique : « Établissons donc tout d’abord ce principe que la littérature est autre chose que l’étude abstraite des formes ; qu’elle doit embrasser l’étude des temps, des lieux, des idées, des croyances, du milieu, enfin, dans lequel telle ou telle œuvre littéraire s’est produite ». Il n’hésite d’ailleurs pas à mettre en scène l’auteur de la Poétique : « Si quelqu’un des contemporains d’Aristote lui eût dit : dans deux mille ans les Grecs n’existeront plus ; il y aura d’autres peuples qui auront d’autres traditions nationales et religieuses, d’autres formes de gouvernement, d’autres mœurs, d’autres langues : croyez-vous que vos définitions et vos formules de l’épopée ou de la tragédie puissent leur convenir ? – Il aurait répondu : » Non ; ces peuples créeront des œuvres littéraires en rapport avec leur génie propre. » L’auteur nous dit clairement que ce qu’il « cherche, avant tout, c’est à reconstituer la vie qui animait ces œuvres éloquentes. Sous ces cendres couve encore la flamme ; il faut qu’elle jaillisse de nouveau. » Pratiquement à chaque chapitre nous sentons sa révolte. Nous le voyons presque prendre à parti Boileau, face à face. Lui qui a prétendument fixé une fois pour toutes les règles de la poésie dans son Art poétique. Cette confrontation entre la froideur d’une méthode artificielle avec ses « formules vagues et ennuyeuses », ses définitions, ses divisions, et la façon de Paul Albert de vivre la poésie et de la transmettre, en s’adressant « à l’imagination et à la sensibilité » est véritablement le fil conducteur de cet ouvrage.

Mais derrière la théorie de sa méthode historique émerge l’amoureux des mots qui souhaite « goûter une harangue de Démosthène, un plaidoyer de Cicéron, une oraison funèbre de Bossuet ». Et c’est lui, avant tout, qui m’a touchée ; son enthousiasme, son mépris, ses élans du cœur, en un mot sa passion.

En parlant de Ronsard ou de Rémi Beleau, il n’hésite pas à leur reprocher leur manque de sincérité de l’inspiration pour avoir voulu se montrer savants : « Ah ! Qu’il eût mieux valu s’abandonner à un sentiment vrai, quel qu’il fût, d’amour, de haine, de douleur ! »

À propos de la fin de la Renaissance italienne, il déplore que le « factice et le convenu passent de la vie ordinaire dans le domaine des Arts »

Au chapitre de la Tragédie Française, il pousse un cri qui résonne encore de nos jours : « Quand comprendra-t-on en France que le mouvement c’est la vie ? »

Puis nous le découvrons ardent défenseur de la poésie dramatique Anglaise : « Comme le peuple dont elle est sortie, elle apparaît pleine d’énergie et de profondeur », et grand admirateur de Shakespeare refusant « d’enfermer dans une formule le plus libre génie qui fut jamais. ».

Paul Albert est un homme de lettres passionné, mais un homme vrai dans ses convictions, dans ses prises de position.

Il est aussi passionnant.

Il nous fait revisiter l’Iliade et l’Odyssée en nous obligeant à devenir acteurs de ces épopées.

Par cette Étude, l’auteur réussit à nous faire aimer la poésie non par sa théorie et sa large connaissance des contextes historiques, mais par sa plume. Car ce livre n’est pas une étude de la poésie, c’est un chef d’œuvre de poésie, écrite par un homme passionné de mots, de ce qu’ils disent et des mondes qu’il y a derrière chacun d’eux : un auteur, un idéal, une émotion, un personnage, un pays, une histoire, l’Histoire.

Il nous enseigne qu’une œuvre n’est pas le fait d’un auteur, mais d’un peuple qui « a manifesté le génie qui lui est propre, la vie qui était en lui ».